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Allocution M. A. T. du 23 août 17



La Réunion est à l’honneur cette année à Ouidah et je suis très honorée de la représenter. Ma très belle île, que dis-je : la plus belle île au monde, celle qui a accueillie des captifs parti de Ouidah parce qu’il y avait ici le Fort Français qui irriguait les îles françaises; celle qui m’a vu naître et qui a su entretenir et faire grandir en moi les gènes de mes ancêtres. Ce patrimoine vivant est là devant vous. Merci pour l’accueil qui m’a été réservé. Merci pour l’Océan Indien. Merci pour la Réunion.

Jusqu’en 2024 nous serons dans la décennie des actions des personnes d’ascendance africaine. En tant qu’afro-descendante et membre du Conseil d’Administration de l’association réunionnaise « Kartyé Lib Mémoire et Patrimoine de l’océan indien, je suis très honorée de représenter non seulement la Réunion aujourd’hui mais l’Océan Indien dans tout ce que nous avons en commun à travers l’héritage africain. Notre langue, nos habitudes culinaires, nos us et coutumes, notre pharmacopée, notre musique, nos faits et gestes, notre métissage, nos états d’âmes, nos gènes... Tout en nous porte la trace de cette source qu’est l’Afrique. Le sang africain coule dans nos veines.

Au nom du peuple de l’Océan Indien, je vous salue tous et honore tous ces captifs partis de Ouidah, quelque soit leur destination mais plus particulièrement ceux partis à la Réunion et à l’île Maurice.
La Réunion fait partie géographiquement de l’Afrique. La Réunion, née des laves d’un volcan qui pendant des siècles forgea les rivages qui ont accueilli nos ancêtre, est une île magnifique. Le Piton des Neiges du haut de ses 3069 mètres est endormi mais le Piton de la Fournaise est très actif. Si vous n’avez jamais vu ce spectacle je vous invite à venir y assister à la Réunion: c’est un feu d’artifice vivant, c’est un spectacle magique. Nos montagnes vous offres des ballades sans pareilles sur les crêtes qui portent des noms d’esclaves qui sont allés marrons là haut, vers la liberté.

Des randonnées vous mèneront de chambres en table d’hôtes pour goûter à nos délicieux caris, des sauces héritées de la cuisine africaine.
Les captifs ont porté dans leur mémoire et vers le monde entier tout ce qui faisait leur identité. Ils l’ont transmis et voilà que nous afro-descendants nous sommes fiers de revenir aux sources pour nous vivifier, renouer avec notre famille restée ici.

Venez vous aussi chez nous Béninois et citoyens du monde entier ! Vous serez les bienvenus. Vous dévalerez les pentes à pied pour aller à Mafate ou dans nos cascades. Dans la même journée vous pourrez allez vous rafraîchir dans la nature des hauteurs de l’île et en fin d’après-midi vous prélasser sur la plage face au coucher de soleil sur l’Océan Indien devant grillades de viandes ou poissons et apéritifs entre amis et famille. Oui à la

Réunion nous sommes amicaux, généreux et accueillants. La douceur et la joie de vivre se reflètent dans notre rythme de vie. Venez vivre un moment authentique chez nous surtout aux alentours de décembre quand la nature est luxuriante et que les rouges litchis et flamboyants font de la concurrence à la décoration de Noël.

Toutes ces passerelles seront possibles avec les liens que vont tisser les hommes et les institutions telles que le Conseil Régional de la Réunion représenté par M. Monsieur Didier Robert, le Conseil Départemental représenté par Mme Nassimah Dindar, les mairie, la chambre de commerce et d’industrie, les les écoles et associations. ainsi, les liens économiques, cultuels et culturelles qui nous ont tant éloignés et manqués.

Notre environnement est quasiment identique. Notre mode de vie témoigne de cet héritage emmené par nos ancêtres au départ du Golfe de Guinée, probablement de Ouidah.
Je cite quelques noms de personnes probablement partis d’ici :

Des enfants tels que Cèrafrique, Bienommé, Octavie...
Des adultes tels que Flavion, Phedime, Robinet Antidore, Lamouche Abeille, Pierre Louis Rispa, Blaise Rondo, Zabeth Fenetrain, Judith Temarre, Constance Victorine, Jules Cartouche, Antoine Afrique, Philogène Levassor, Adoniste Chasot, Julien Osca r Moukiera, Jules Mufo, Pierre Deca, Cathy Jardin, Madeleine Denise, Reine Aramis, Varenne Prospère Billot, Marie Joséphine Drouette, Olivette Miché, Célestine Seretot, Baptiste Noémie, Henry Hermette, Louis Billot...Julien Gabriel Billot.

A la Réunion nous célébrons la fèt’kaf, commémoration de l’abolition de l’esclavage le 20 décembre. Commémorons nos ancêtres aujourd’hui et souvenons nous: nul n’est censé honoré nos ancêtre mieux que nous mêmes. La Journée internationale du souvenir de la traite nous rassemble pour les honorer mondialement. Je fais un voeu et vous demande de vous joindre à ma prière pour que tous les pays du monde reconnaissent l’esclavage comme crime contre l’humanité et surtout pour que l’esclavage moderne soit notre combat commun. Nous devons nous indigner : Hier comme aujourd’hui et demain, il est intolérable que l’être humain soit ainsi traité. Nous nous souvenons aujourd’hui des abolitions, elles ne doivent pas être qu’un souvenir : les abolitions doivent être réelles et se répendre dans tous les pays du monde. Que les mannes des ancêtres nous aident et donnent la force de renoncer à la mise en esclavage d’autrui par abus de pouvoir.

En 1981, un air est venu me trotter dans la tête j’aimerai le partager avec vous :

Imagine un peuple noir, déraciné, ayant le cafard - loin du pays, très tard le soir : improvisant un p’tit kabar. Nous zancèt la fè maloya zot té i chante ça zot té i danse ça, zot té i chante ça po zot oublié la misère zot lété en train de passer. Zot péï zot té guingne pas oublié malgré la mer po séparé - kom zot té i guingne pas oublié zo té i chante ça zot té i danse ça.

Tam tam maloya, tam tam maloya
Té i entend in son lot koté la mer tam tam maloya lété la prière Tam tam maloya chanson la misère
Tam tam malaya té bat’ dans zot kèr 

 

Marie-Ange Thébaud